Lilian Thuram

Pour mon voisin Lilian,

Toute vérité n’est pas bonne à dire

Il est aujourd’hui bien difficile d’exprimer un point de vue sans prendre le risque d’être jeté en pâture à l’intelligentsia ; celle qui se veut garante de la référence morale et la gardienne de la pensée bienveillante collective. D’ailleurs il importe peu que le message soit décontextualisé, ce qui est important c’est de réagir, voir, de sur-réagir. On n’analyse plus ce qui a été dit ou écrit, mais ce qui a été interprété et amplifié au travers des réseaux sociaux, qui se veut la vox populi. 

Notre sportif militant Lilian Thuram en a fait les frais à ses dépens. Il fallait rapidement punir l’effronté et le clouer au pilori. Cette chasse « aux marrons » a eu tout de même du bon, Il faut le reconnaître : nous avons tous été émerveillés par autant de consensus de circonstance sur un sujet aussi complexe que le racisme. S’il pouvait en être pareil à chaque agression et insulte raciste, homophobe ou sexiste, notre société s’en porterait bien mieux. 

Voilà notre Guadeloupéen préféré, n’en déplaise à Francky Vincent, pris à son propre piège. Vouloir dénoncer le racisme n’est pas donné à tout le monde. L’origine ethnique de celui qui milite, peut rapidement être un fardeau interprété comme une vengeance personnelle (masquée) des humiliations passées. L’anti-raciste devient vite dans ce cas, ce qu’il dénonçait. Cela permet dans un premier temps, de nourrir l’hypothèse qui cherche à démontrer que l’anti-raciste est un haineux qui se méconnaît. Dans un second temps, cela conforte surtout le discours aujourd’hui toléré des réactionnaires de tous bords. 

En prenant un peu de recul sur l’agitation collective que suscite l’interview italienne de notre ami Lilian, Je m’interroge surtout sur le sens des mots. Plus particulièrement sur le sens partagé des mots. Avons-nous tous la même définition et la même interprétation du nom « racisme » et du nom et adjectif « raciste »? Ce qui est en jeu aujourd’hui n’est-il pas le symptôme d’une incompréhension structurelle sur la définition d’un mot ? Ne somme-nous pas face à un conflit étymologique qui génère une dissonance permanente d’interprétation ? Que peut-on comprendre d’une société qui peine à définir ses maux ? Est-ce le signe d’une névrose sociale historique que l’on peut interpréter comme pathologique ? 

Pour ne pas sombrer dans une hallucination collective qui permet de percevoir des racistes en tous lieux, il me semble plus important de s’interroger sur l’ hypothèse étymologique, plutôt que de rejouer une seconde controverse de Valladolid pour savoir si Lilian est un « bon nègre ». 

Le Larousse.fr, définit le mot « racisme ainsi : Idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les groupes humains, les « races ». Comportement inspiré par cette idéologie.

Comme toute définition, elle se veut la plus exhaustive possible afin de faire consensus et de permettre à chacun de comprendre la substance même de l’idée. C’est l’expérience de terrain qui avec le temps subdivise cette définition afin de l’affiner au plus près du vécu émotionnel. C’est à ce moment-là que l’on prend conscience que l’idéologie est un processus cognitif à distinguer d’un comportement né d’un réflexe provoqué par une surcharge émotionnelle. C’est ainsi que l’on peut distinguer deux formes de racisme :

Le racisme ordinaire

Il prend racine dans les peurs collectives ou individuelles. Il est renforcé par des préjugés infondés dont la genèse est la méconnaissance de l’autre. Le racisme ordinaire naît de l’inculture. Il est donc l’affaire de tous quel que soient les origines ou la couleur de peau car il est issu d’un processus émotionnel. 

Le racisme structurel ou « anti » :

Il s’appuie sur des croyances hypothétiques de supériorité renforcées par des éléments historiques, politiques, économiques et sociaux. Le racisme structurel se transmet insidieusement, car il devient implicite avec le temps. C’est donc une structuration intellectuelle née d’une idéologie suprémaciste.

En conclusion on peut affirmer sans risque que nous portons tous un racisme ordinaire car nous somme des êtres émotionnels par excellence. En contrepartie le racisme structurel est une volonté intellectuelle née d’une croyance au même titre que l’existence de dieu. 

Jean-Claude Toquin

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